des bouts de Marionette

J'écris sur vous, sur eux, sur moi, prends du plaisir, des photos, des notes, des couleurs, des lumières, des ombres... et des mots.

26 janvier 2008

Ailleurs

    Parfois, l'envie d'aller vous pendre paraît vraiment simple, et douce, et facile, limite agréable, par rapport à cette journée de merde où vous n'avez rencontré que des abrutis prétentieux, fait que de la merde # à votre partiel notamment #, entendu qu'un seul et énorme monceau d'imbécilités et d'horreurs. Vous n'en êtes qu'à la moitié du jour, et pourtant Mr Désespoir est là.
    Vous arrivez devant votre école de théâtre crevé(e), le moral dans les chaussettes, le teint blême, le coeur palpitant à peine. Bref vous êtes à l'article de la mort. Avec au programme 3 heures de danse et 4 heures de théâtre. Et là, vous levez les yeux de votre baguette et de vos tranches de jambon fraîchement achetées pour constater que l'école est fermée. Bien sûr, vous n'avez pas la clé. Pic-nique dehors dans le froid, le cul sur le trottoir, comme c'est chouette tout ça... Quelqu'un arrive une heure trente plus tard avec la clé. Sauvé(e). Enfin pas tout à fait (c'était sans compter sur ce pour quoi vous êtes là, à savoir 3 heures de danse et 4 de théâtre).
    Vous avez peur de ne pas tenir, et une furieuse envie d'aller vous pieuter devant Nikokos Aliagagas en vous gavant de Chocapiiics. Mais non. Aujourd'hui, vous êtes Djèm's Bonde, vous allez résister. Et prouver que vous existez.

    Les 3 heures de danse vous enlèvent toute idée de la tête, vous ne pensez qu'à votre corps en mouvement, en torsion, en souffrance. Vous ressortez de la salle de danse comme un zombie. Puis la pause. Les crétins que vous aviez laissé avant la danse réapparaissent, avec leur gueule de gens ravis d'être cons. Vous mettez un pied dans la salle de théâtre avec la certaine intuition que ce faisant, vous vous sabordez. Mais vous y posez le second pied en pensant à Djèm's Bonde. Passque Djèm's Bonde, aujourd'hui, c'est vous.
    Et là, le corps cassé, crevé, la tête embuée et persécutée d'idées moites, on vous appelle au plateau. Vous savez pas votre texte, vous y arrivez pas, vous avez pas assez bossé ; plus rien à foutre de rien, vous y allez comme à la potence : délibérément, calme, résignée, et certaine de rater, après votre vie journée, votre mort mort scène aussi.
    Et là, après un passage dont vous avez arrêté la torture au milieu, vous mentez : "j'ai arrêté de travailler là". Vous commencez à esquisser un pas vers votre chaise bien-aimée. poser son cul... ne plus rien faire que compter les heures qui me séparent de mon lit... la prof stoppe net. Vous êtes exténué(e), et la voilà qui déblatère une série de commentaires tout ce qu'il y a de plus abstraits et de plus compliqués. Elle parle de vérité de l'instant, de "vide" dans lequel la présence s'installe, de poser la voix, de... tout ce dont vous rêviez, en somme. Elle demande "Tu vois ce que je veux dire ?" Là, vous hochez vigoureusement de la tête, mais elle reprend :
- Tu nous la refais ? On va travailler un peu pour que tu le sentes bien, ok ?
- Oh mais avec grand plaisir, aujourd'hui je suis Djèm's Bonde, alors...
- Pardon ? Tu quoi ?
- Non rien, je disais oui.
    Vous y retournez, donc, refaites toute votre installation en vous disant que quand même, vous auriez mieux fait de vous pendre après votre partiel râté du matin. Non, avant, même, tant qu'à faire. # Tant qu'à faire, autant que feu-bibi ait un bon dossier scolaire. Enfin pas trop pourrave quoi. #
    Bref. Concentration... ça glousse au fond de la classe, la pétasse fait des siennes, ne pas y prêter le moindre quart de 1000ème de seconde d'attention.
    "Dieu te bénisse Willie de ta bonté je sais l'effort que ça te coûte repose-toi à présent détends-toi je ne te..." Non. Encore. "Dieu te bénisse Willie de ta" Non. Encore. "DIEU TE BENISSE WILLIE DE TA BONTE" Non. Encore. "Dieu te bénisse Willie de ta bonté je sais..." La voix est posée, le timbre est vibrant, l'adresse est précise. Mais ça va pas.
    Et c'est là, dans le plus total épuisement, quand il n'y a plus rien que le corps à peine vivant traversé par le Verbe, que survient le Théâtre.
    Vous partez en voyage, dans le pays des monstres sacrés, et il y fait bon. Vous n'avez plus personne devant vous, mais Willie, dans votre dos, qui écoute les paroles que vous croyez perdues. Et vous l'aimez. Et vous n'avez plus du tout envie de vous pendre.

    Une pancarte est descendue de vos épaules sur votre torse, indiquant : "En déplacement"

Posté par gastonette à 21:56 - Sur la scène du monde... - Commentaires [0] - Permalien [#]

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