des bouts de Marionette

J'écris sur vous, sur eux, sur moi, prends du plaisir, des photos, des notes, des couleurs, des lumières, des ombres... et des mots.

19 novembre 2007

ÊTRE sur scène

    Nous ne sommes plus que 15 dans notre classe de théâtre, contre 19 l'an dernier.
La rentrée est superbe.
    L'an dernier, nous avions une classe hétéroclite, dispersée, bavarde, déconcentrée... Elle est encore un peu de tout cela, mais différemment.
    Les gens ont mûri cet été, avec ou sans coups de pied au cul. L'une a animé une colo à l'autre bout du monde, l'autre a perdu son papa, deux autres sont tombés en amour, ceux qui n'étaient pas certains de vouloir continer l'école ont pris une décision qui a déteint sur tous les camarades, pour ma part c'est les soucis de famille qui me font relativiser... ou pas. En bref, les gens m'ont paru absolument transformés, et je ne les vois plus sur scène comme l'an dernier.
    L'histoire de notre groupe est en train de démarrer vraiment.

    Nous avons un cours sur Beckett, le théâtre de l'absurde. Beckett, c'est là où l'on attend quelque chose ou quelqu'un qui ne viendra pas. Et nous ne savons pas qui nous attendons, ni pourquoi, mais nous attendons. Parce que nous n'avons rien de mieux à faire. Et cette attente est nourrie par la parole qui naît (le plus souvent) du "j'ai envie de dire que...". Beckett, c'est l'art du minimum. Il faut une neuralité de base, pas d'intonation ou d'intention plaquée, et comme par miracle le texte prend sens quand même, et bien plus vrai et captivant, la présence en est décuplée de façon fantastique. Un clown naît de ça uniquement.
    Ceux qui essayent de monter Beckett dans la noirceur de sa vision du monde tombent à côté. Parce que ça fait oublier deux choses : l'humour du texte, et, par le même biais, le réel but de la pièce, qui n'est pas de torturer le public mais de lui faire comprendre par le rire son triste état : ah ben oui tu te marres, mais si t'étais pas concerné ça te ferait pas rire, en même temps... ah...
    Et hier, une fille est montée sur scène. Je ne l'avais jamais vue que mouvementée, le visage très mobile; dès le moindre mot il était expressif. Là, elle ne devait pas bouger un cil ni être sombre en disant un texte du genre "Un jour tu t'asseoira, comme moi, et tu ne pourras plus te lever". S'ensuit un regard public d'au moins trois secondes. Et là, la présence de l'acteur était à son comble. Elle s'était laissée porter par le texte. Simplement. L'avait articulé, mâché, bu, savouré, donné, en toute pureté.

    C'était divin.

    Une actrice extraordinaire était née sous nos yeux zébahhhis.

Posté par gastonette à 19:55 - Sur la scène du monde... - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Ca donne envie, dis donc!

    Posté par Ardalia, 21 novembre 2007 à 15:37
  • Maître mot du théâtre, Ardalia! ENVIE. Dans le club des essentiels, y'a aussi PLAISIR et ETONNEMENT...

    Posté par Marionette, 21 novembre 2007 à 23:33

Posez votre bafouille