des bouts de Marionette

J'écris sur vous, sur eux, sur moi, prends du plaisir, des photos, des notes, des couleurs, des lumières, des ombres... et des mots.

30 octobre 2007

Notre bien-aimé chef d'Etat se remercie

"Avec un salaire revalorisé de 140 %, le président Sarkozy devrait gagner du pouvoir d'achat. (...) Le salaire mensuel du chef de l'Etat serait ainsi revalorisé de 140%, de 8.300 à 20.000 euros bruts.
Ce qui fait un salaire annuel qui passe de 101.488 a 240.000 brut"

Lu sur la page d'accueil de Yahoo

1. Il supprime des postes à l'éducation nationale pour réduire la dette.
2. Il augmente le nombre de flics.
3. Il fait faire des examens ADN aux "étrangers".
4. Il fait quelques cadeaux à ses amis. D'où le changement d'avis de notre Djoni national. Mais quelqu'un qui n'a pas de quoi bouffer paye ses impôts tout de même. Sinon c'est la taule. Par contre, Djoni, il chante bien et il est cool alors on va fermer les yeux. Mmmh? Oui oui. Chut, dors.
5. Il s'augmente d'un clic de souris (mais qui paye?)
6. A quand la proclamation d'une présidence à vie?

Ce mec est un traître. Il frappe dans le dos les gens qui ont compté sur lui. Donne-moi ta main. Et prends la mienne, mais dans ta gueule.

Ne jamais mélanger vie perso et vie pro, coco, tu devrais le savoir. Va faire ta psychanalyse pour y régler tes complexes et on en rediscute.

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Black horse and the cherry tree

Une chanson de KT Tunstall, aussi connue grâce à Suddendly I see ou encore I want you back. C'est vraiment super.
Seule sur scène, on dirait à la simple écoute qu'elle a tout un groupe derrière.
Pour une nénette seule qui a une guitare et un tambourin, on peut dire qu'elle envoie du bois !
Have fun...

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29 octobre 2007

Portrait volé

    La femme est assise, plus sur une fesse que sur les deux, plus bancale que d'habitude. Plus tordue, plus tendue. Elle porte le visage d'une femme qui a essayé de se ranger. Ces femmes qui ont juré leur amour sur leur vie, qui ont eu des moutards qu'elles ont aimé, et qui se retrouvent un jour sur le bord de la route.
    Où est l'erreur?
   Ses yeux bleus magnifiques sont en harmonie avec son visage : ses traits sont joliment dessinés, en harmonie avec son regard triste.
  Elle et son mari sont devenus les meubles de leur vie respective. Ils se croisent, s'embrassent parfois, sont polis et respectueux. Alors elle a prit un amant. Pour être bousculée, renversée, blessée, adorée ou détestée, aimée ou rejetée, mais gueuler son existence. Ne pas être par procuration. La maman de Sophie. La femme de Christophe. La patronne de Paul.
    C'est pour ça qu'elle a une grosse valise. Elle a quitté son amant. Ou son mari. Peut-être les deux. Où allez vous je ne sais pas ailleurs. Elle n'a emmené que le nécessaire, le reste est parti à la poubelle. Photos, colliers, boîtes, dessins d'enfant, poubelle.

Elle pense à ses enfants qui la jugent.
Elle pense à son mari qui pleure. Ou crie.
Elle pense qu'il n'aurait jamais osé faire pareil par respect, et que c'est encore pire.
Elle pense qu'elle a elle-même tout détruit, de ses propres mains. Exprès. Et toc. Tu vois, chui cap'.
Elle pense qu'elle ne se le pardonnera jamais.
Elle pense qu'elle a fait le bon choix.
Elle pense qu'elle s'est plantée sur toute la ligne.
Elle ne pleure pas.
Elle ne sait pas.
Elle ne pense pas.
Elle est vide.

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24 octobre 2007

Critique : le neveu de Wittgenstein

Le neveu de Wittgenstein de Thomas Bernhard
Joué par Serge Merlin dans une mise en scène de Bernard Levy au Palais de Chaillot.


    Il est parfois curieux de constater que le plaisir que l'on peut éprouver en allant voir une pièce écrite par un homme dont on admire le travail, puisse se transformer en déception incommensurable.

    La « petite » salle de Chaillot est tout entière pour l'acteur Serge Merlin. Sur la scène, une colonne de feuilles de papier ; un peu plus à jardin un énorme bloc, enfin un autre paquet informe et désordonné de feuilles répandues au sol côté cour en avant scène, devant une chaise. Une toile immense en arc de cercle dans le fond de scène apparaît sous plusieurs aspects en fonction des lumières qui s'y noient. Cette toile de fond blanc et motifs – ou plutôt traits – noirs change la perception de ce que cela peut représenter, chaque fois que les projecteurs changent la couleur de leur gélatine. Ainsi au début, il peut sembler qu'il s'agit d'un océan, sur lequel sont groupés des voiliers, puis des caractères asiatiques, ou encore des jets d'encre de stylo... le décor participe, bien qu'il soit discret malgré sa taille, à un enrichissement certain de l'imaginaire théâtral dans lequel nous nous trouvons. Les couleurs qui lui sont appliquées varient en fonction du texte dit par Serge Merlin, et le complètent.

    Lorsque le narrateur arrive sur scène pour nous conter l'histoire de son amitié avec Paul Wittgenstein, la fatigue courbe son échine. Pourtant il porte sa canne et ne l'utilise pas comme telle, mais comme un objet anodin, simplement droit et raide reliant parfois son bras au sol. Rien de plus. Il regarde ses chaussures : pourquoi ne nous offre-t-il pas son regard, son histoire ? Quand il est désemparé, il crie et met ses mains sur son visage, sans pourtant jamais prendre le temps de nous laisser croire qu'il souffre. L'homme déambule sur scène avec peine (illusion ou pas ?) et les attitudes utilisées par l'acteur sont convenues et vides de tout affect. Ses gestes sont pourtant justes, et touchants. Par exemple le contact qui est créé avec toutes ces feuilles de papier est beau. C'est son encre, son histoire, sa douleur, sa mémoire ; et à voir la douceur avec laquelle il manie les lettres de sa correspondance avec Irina, le personnage en devient profondément lumineux. Mais l'évolution voulue par la mise en scène ne va pas dans ce sens.

    Bernard Levy a préféré un personnage qui vient raconter sa vie pour se faire  plaindre. Alors, sitôt quitté ce moment de réelle intimité et simplicité, nous revoilà face à un homme qui nous raconte une histoire qui ne nous intéresse plus. Il tire sur les mots, les souligne encore par des grimaces pour finalement ne ponctuer la chose que par des mots criés par-ci par-là. Sa diction, très bonne au demeurant, nourrit un ton tantôt chantant, tantôt monotone, mais évident de sincérité que lorsqu'il est question des lettres d'Irina.

    En bref ce spectacle est frustrant parce qu'il ne nous donne rien et ne nous demande rien non plus. Les rares moments de vérité que nous avons avec le personnage sont quand il est simple, et quand il nous offre son regard. Nous n'avons pas à compatir, puisque l'histoire est révolue. Nous ne le plaignons pas, il le fait déjà.

    Pour le spectateur lambda qui a pour habitude de prendre un encas avant la représentation, ce spectacle n'est pas à recommander : il se retrouvera dans une salle à très bonne température et confortable, regardant une très belle toile qui évolue, et écoutant une voix chantante déambuler sur la basse de son estomac qui digère ; mais jamais il ne pourra s'endormir... de peur de ronfler.

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22 octobre 2007

Sourire en coin

sourire_en_coin

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20 octobre 2007

Le paradis et la Peri (2/2)

Paris, le 14 octobre 2007

    Je rentre tout juste d'Alsace, il est 00h45 et j'ai, comme trois autres personnes, cinq heures de route dans les pattes. En comptant l'aller, ça fait 12 heures. Vendredi, nous avons mis deux heures pour sortir de Paris, et sommes arrivés une heure en retard à la répétition. C'était assez difficile d'être alerte après 7 heures de bagnole, serrés à 5 dans une voiture entre les instruments, les tenues de concert et les macarons pour le voyage !

 

    Il faisait beau là-bas. Samedi matin pour aller à la répétition, je portais un débardeur avec un gilet assorti, assez léger. Mon violon sur l'épaule gauche, mon sac par dessus, avec dedans un paquet de mikados pour mon quatre heures, je descendais la Grand' Rue. Le froid me saisissait, je sentais mon nez se rafraîchir, mes mains s'engourdir, sans pour autant y prendre garde. L'odeur de cette toute petite ville, de ses fleurs accorchées aux balcons ou dans la rue, du levain s'échappant des boulangeries, du café fuyant des troqués, l'odeur du matin, de la fraîcheur nocturne pas encore balayée par le soleil, parcourant pourtant le ciel depuis deux ou trois heures déjà... Je me réveille doucement, cette fraîcheur frémissante me sort de la léthargie matinale de laquelle, finalement, je suis contente de sortir. Et Dieu sait si c'est rare!

    Me voilà donc légèrement en avance à la répèt. Préparation du violon, colophane sur l'archet, et hop hop hop un petit coup d'oeil sur les quelques petits traits qui passent moyen. Ca va nettement mieux qu'il y a trois semaines.
    Après deux heures de boulot, j'étais sortie de ma chambre comme une furie en criant "aaAAAAARRRGH Schumann si j'te croise j'te refais mourir !". Ma logeuse m'avait donc gentiment invitée à partager son quatre heures avec un "ça a l'air ingrat, quand même, ce que tu joues". "Ouais. Ingrat, ouais. C'est le mot."
    Mais voilà, le travail que j'avais pensé improductif et vain s'avérait intégré et, oserais-je lâcher le mot, maîtrisé.
La répèt commence donc, concentration maximum de tout le monde. Le chef, dès la troisième mesure "Mais qu'est-ce que vous faîtes ? Pourquoi vous me mettez un accent là ?! Y'a besoin de rien d'autre que ce qui est écrit ! Comprenez ceci : Ca doit être lisse, terrible, on est en enfer, il fait chaud, il fait lourd, on ne bouge que si c'est nécessaire... vous voyez ?... Artung..." et voilà, c'était très très beau. On est arrivés à quelque chose de quasiment impossible à retrouver, une ambiance phénoménale de présence, de force et de précision. Le choeur en jette grave sa race. Je veux dire que c'était superbe. Je n'avais pas noté que la disposition des chaises de l'orchestre ayant légèrement changé, me retrouvant devant une petite estrade sur laquelle viendrait chanter un(e) soliste. Et bien, ça a fait son petit effet. Son grand effet devrais-je dire. Ah c'était... divin !
    Et comme il serait absolument impensable de parler de cet orchestre sans citer l'insulte number ouane du chef, en avant première m'sieurs dames, pour vous un bout de coulisses mouahaha : "BANDE DE SACS !". Imaginons un contexte (totalement inventé, hein!). Une violoncelliste coupe une note en deux : elle fait deux blanches au lieu d'une ronde. Bien sur, tout le monde n'entend que ça. Chef de s'écrier "Je bats à DEUX vous devriez le savoir! Et même si vous l'avez pas écrit vous le sauriez si vous me regardiez! Bande de sacs!" J'en connais une qui rentre sous terre...

    Quelques numéros à l'intérieur desquels certains intervalles chantés m'émeuvaient : 14, 17, 24, bien sur 26, mais aussi des passages où les premiers violons, en triolets dans les aigus, faisaient danser le personnage un peu triste qui était né quelques instants plus tôt. De ces moments où l'on se dit "C'est ça." C'est ça et rien d'autre. Puis déjeuner, encore au même restal, très bon. J'y oublie mon violon, et reviens le chercher quelques minutes plus tard. La générale va commencer. Les chanteurs arrivent en blanc. Installation, accordage, et ça commence. Je ne peux rien voir des effets qu'ont les éclairages sur le choeur. Je dois rester très concentrée parce que je suis encore pas très solide et qu'on doit tous être parfaitement ensemble. Le moindre coup d'oeil derrière me ferait perdre ma concentration, mon compte de temps à attendre, et l'énergie. Mais la bobine du chef nous renseigne tous sur la question : ça semble être fabuleux. La générale se passe très bien. On recommence une ou deux fois un passage à cause d'un départ bancal. En rangeant mon violon, je le nettoie avec soin. Soudain je lève la tête et aperçois un violoniste qui attendait que j'aie fini pour accéder à sa boîte. Je m'excuse en disant que je ne l'avais pas vu, il répond "Tu ne verras jamais un luthier interrompre quelqu'un qui prend soin de son instrument".

    On se change à côté, tout en noir, ma longue jupe qui tombe, mes chaussures à talons qui m'éclatent les pieds, un chemisier en cache-coeur pardessus un tee-shirt noir, maquillage... Je demande à une altiste, lui montrant mes cheveux :
- "Je peux y aller comme ça ou ça craint?
- Ben t'es pas coiffée quoi...
- Et en chignon, là comme ça, ça se voit pas... non? Toujours pas? (dis ouiiiiiiii)
- Euh... non, vraiment. J'ai pas de brosse, mais fais quelque chose, là c'est pas possible.
    Me voilà donc à démêler un tas de noeuds qui n'avait pas été apréhendé par un peigne depuis plusieurs semaines. Ben oui quoi, ça fait mal au crâne de se coiffer! Et puis ça enlève mes boucles. Effectivement, plus une boucle, les cheveux électriques et archi volumineux, super moche quoi. J'ai dû arranger ça à l'arrache et finalement ça allait, ça faisait pas trop Jackson five. Je monte sur mes talons aiguilles-spécials-concert (en gros je m'arrange pour ne porter ces chaussures que quand je n'ai pas à tenir dessus.)

 

    Le concert commence. On entre en scène. Applause. Le chef entre. Re-applause. Là, le chef se tourne vers l'assemblée pour faire un petit discours afin d'avertir les gens de ce qui va leur arriver dans les oreilles et dans les nieux. Le discours était long, parfois entrant un peu trop dans le détail, parfois bousculant les esprits # au point que des personnes de l'orchestre soient venues lui faire la réflexion à la sortie #. Sur ce, re-re-applause, lever de baguette, et nous voilà en enfer. "Il fait chaud, il fait lourd..."

    Deux heures superbes. Un arrêt tout de même entre deux actes pour se réaccorder. Quelques petites accroches qui ont valu des débats endiablés à la sortie : "Nan j'te jure c'est les violoncelles qui sont partis en avance nous on était calés sur le chef" ou "Non, je persiste, j'ai compté mes mesures, j'ai regardé le chef, tous les violoncelles étaient bien, c'est le premier pupitre des altos qui a tout fait merder." Ah lala, c'est vraiment des tocards ces altistes! (pataper, Djac...)
    C'était extraordinaire. Tous dans le même souffle, la même énergie, le même mouvement, la même dynamique, la même folie... on entendait même le silence de la salle, un silence implacable, solide, palpable. Tout simplement sublime.
    En sortant, nous étions "ailleurs". Je me cognais partout (et pas à cause de mes chaussures à talons), n'arrivais pas à atterrir, j'étais dans un état second. J'étais allée remercier mes logeurs qui avaient pu venir, quand, en revenant au pot offert aux musiciens, je croise le clarinettiste si marrant. La tête basse, le pas machinal, il partait. Je l'attrape par le bras : "Bah alors quoi ? Tu pars sans dire au revoir ?" Visiblement abasourdi, il lève ses yeux rouges vers moi et répond "Ah pardon Marion je ne t'avais pas vue, oui je m'en vais, je suis troublé, il faut que je parte. Au revoir..."

    Par chance, je n'étais pas seule sur la route du retour, et même si les Vosges ont maltraité notre estomac, le Mac Gerbal nous a remis les idées en place. Le Paradis et la Péri à fond dans la voiture, nous braillions gaiement, tentant sans y parvenir de nous remettre d'aplomb.


    Comment raconter ce qui fut le plus beau concert de ma vie ?


(en écoute : no 24/24 du Paradis et la Péri de Robert Schumann)

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19 octobre 2007

Brève de métro

Ce matin, j'attendais le métro.
Je lisais Hiroshima, mon amour, de Marguerite Duras. Pour le théâtre. En jouer une scène.
Une nana debout à ma gauche écoutait de la musique par ses écouteurs et mangeait un quinder boueno. Elle en fait tomber 2 carrés (SACRILEEEGE !). Puis un bout de plastique. Je fixe la nana, un peu abasourdie. Va-t-elle comprendre qu'il est temps qu'elle se baisse ? Je la fais chier dans 10 secondes si c'est pas fait. Elle ne se baisse pas. Je la fixe intensément. Elle se retourne. Je regarde tour à tour les morceaux de chocolat par terre et la nana, cela dure bien une minute. A ce moment précis un homme passe, écrasant de son talon la nourriture sur le sol. Il se retourne, fait une moue légèrement dégoûtée en regardant sa semelle, puis s'éloigne.
Elle me fixe, je fais semblant de ne rien voir. N'y tenant plus, je la regarde. Elle beugle "Bon ça va là?"
Je réponds d'une voix tranquille et cassante : "C'est juste honteux."

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18 octobre 2007

Où l'on parle du désespoir et d'énergie vitale (3/3)

(Ce billet vient à la suite de celui-ci, et c'est la fin)

    Pour avoir passé un bon moment à me triturer l'esprit sur ce qui me retenait ici-bas sans trouver de bonne raison, je pense avoir goûté suffisemment au désespoir pour le reconnaître à des kilomètres. Quand je demandais à ma mère de me faire une liste des raisons pour lesquelles il fallait que j'abandonne l'idée de tout planter là, elle me donnait, en mère aimante, tout plein de qualités qui me paraissaient énormes. Bien trop écormes pour que j'y croie. Un peu du genre « le père Noël t'apporteras une mercedes, 100 balles et un mars à la vanille ». Parmi elles, la sensibilité. J'étais un garçon manqué (selon moi, à l'époque, ça voulait dire fille (et encore) maladroite et imbécile), ma première histoire d'amour s'était mal terminée, je ne voulais plus entendre parler des mecs. Bien que ça ne m'empêchais pas de tomber amoureuse à nouveau, mais en silence cette fois. L'idée que j'avais de moi était entre la baleine poilue et le cendrier. En gros. Alors qu'on me parle de sensibilité, quelle blague! Je me rendai compte des années plus tard qu'elle avait bel et bien raison. Bref c'est à ce moment que j'érigeais en certitude ce que je clamais avec fierté depuis de nombreuses années déjà : jamais je ne passerai ma vie derrière un bureau à compter ou rédiger des courriers pourris pour un patron qui m'a embauché pour ma paire de guibolles. Mais ce n'est qu'au cours de cette discussion tard dans la nuit, que mon parcours s'expliquait à mes yeux : ce n'était pas par fierté que j'avais choisi le milieu du spectacle, ni par narcissisme, puisque je me trouve monstrueuse, ni encore par talent, puisque mes débuts sur scène étaient vraiment très mauvais. Je décidai de travailler dur, très dur même, pour quelque chose qui m'intéresserait et que j'aurais envie de faire. Cette décision était née d'un besoin.

    Je découvre maintenant que c'est par besoin que j'en suis là : un besoin impérieux de me prouver que je ne suis pas un grain de sable perdu sur la plage, un corps au milieu d'autres dans le métro, une suite de caractères dans la pile de Cvs. Besoin d'avoir une vie extra-ordinaire, et de chaque jour relever le défi, chaque jour pouvoir m'allonger en me disant que j'ai eu raison de continuer. Besoin d'être reconnue, de marquer les esprits, de savoir que j'ai signifié quelque chose pour quelqu'un aujourd'hui. Non, je ne ressemble ni à Florence Foresti, ni à Valérie Lemercier, ni à Romane Boringer, je ressemble à Marion J. et je vous emmerde. Un besoin de réacquérir chaque jour la certitude que j'ai eu raison de rester sur Terre. De là naît une exigence accrue envers soi-même : je ne me donne pas le droit d'être mauvaise, bête, maladroite. Le seul problème, c'est que j'ai, du coup, beaucoup de mal à considérer les gens qui se laissent aller. Je veux de l'exception, une vie-dynamite. Evidemment, vous pensez bien que l'exigence que j'ai envers moi-même m'interdit totalement de tricher. L'exta, c'est pas pour moi. Et si jamais j'en ai besoin pour « décoller », alors c'est que je n'ai plus rien à faire ici-bas et que j'ai râté.

    Voilà pourquoi j'ai une telle admiration pour les « monstres sacrés », ces êtres qui savent donner leur être dans toute leur originalité ; qui, pour la plupart, ont le mal de vivre, mais qui le dépassent toujours pour vous emmener dans les étoiles.

    J'aime ce "toi d'abord!"

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17 octobre 2007

So far away

visage

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15 octobre 2007

Où l'on parle du désespoir et d'énergie vitale (2/3)

(c'est la suite de ce billet.)

Quand on quitte la maison familiale, pour commencer une nouvelle vie où tout est à (re)construire, la peur est plus présente que jamais. Nous sommes alors très vulnérables à beaucoup de choses, l'hypersensibilité se fraye un chemin (que dis-je un chemin, une autoroute!) dans la vie quotidienne et chaque moment devient primordial. Voilà deux années que j'ai quitté le nid, je pensais donc m'apaiser petit à petit. Mais depuis le début de l'année 2007, les évènements douloureux se succèdent : décès, maladies, divorce des parents. Et chaque fois, je sentais la barque frôler la fêlure fatale. Mais la vie continue. Voilà la phrase insupportable que j'entendai, à 12 ans, alors que ma grand-mère que j'aimais tant décédait d'un accident de voiture.

    La vie continue. On croirait, à entendre ces mots en début de course, que la vie est quelque chose de monocorde qui a des hauts et des bas, mais pas trop, que c'est une ligne continue qui ne s'interrompt que lorsqu'on meurt. Mais elle s'interrompt à longueur de semaine, parfois de jours. Un « je t'aime » et la voilà qui fiche le camp, le temps de bien réaliser ce qu'il se passe. Un « il est mort » alourdit tellement le coeur, qu'il s'arrête de battre un moment. Les sirènes hurlent dehors, mais la vie s'arrête tout de même. Pour reprendre son souffle.

    Mais quand la vie prend un peu trop l'habitude de s'arrêter, on fatigue.

    Chacun est plus ou moins vulnérable à ce qui lui arrive au cours de sa vie. Je pense pouvoir affirmer sans trop me tromper que je fais partie des gens qui se font gifler par une feuille morte qui tombe d'un arbre, et non pas caresser. (Je laisse ce privilège à la gent masculine...) Être une artiste. Je veux dire une personne qui s'intéresse et vit de l'art par besoin (quel médiateur fantastique!), ayant la chance de disposer d'une sensibilité qui lui permet de recevoir et donner peut-être plus que les autres, mais s'exposant ainsi à une perte de soi. On dirait un peu un psy à la noix qui expose sa théorie, ça craint. Et vous devez déjà savoir tout ça... J'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur.

    J'apelle par gifle ces perles de malheur qu'on apelle « désillusions », et qui nous collent à la peau, à la voix et au regard pour le restant de nos jours. Nous disions que chacun fait un choix quand il se retrouve face à cela. Le choix d'en faire de la tendresse ou de l'aigreur. Et ce que chacun fait de ces perles se voit sur son visage quand il vieillit. Il n'y a qu'à regarder les rides des gens dans la rue, c'est passionnant.

    La vie se gagne tous les jours. Chaque matin représente des épreuves à surmonter, des joies à laisser exploser, et des identités à rencontrer. Jamais nous n'avons la possibilité de nous reposer, et c'est difficile de comprendre comment en faire un avantage et non une fatigue.
    Mon amie me demandait si, quand on était trop fatigué, il n'était pas préférable de toucher le fond une bonne fois pour toutes, pour enfin taper du pied et remonter à la surface. En y réfléchissant, nous trouvions que deux choses s'y opposaient : d'une part, le désespoir est sans fond. Quand on y est, c'est pour de bon, et jamais nous n'en atteignons les abîmes sauf quand vient l'heure de mettre un terme à sa vie. Alors comment taper du pied sinon dans le vide? D'autre part, il n'est pas possible de décider, consciemment ou non, d'y plonger... et que ça marche : chacun de nous possède une énergie vitale. Une réserve de choses, comme un petit cagibi de sentiments. Une journée ne s'achève jamais (du moins c'est mon cas) sans que j'aie donné des choses, et reçu d'autres. Ainsi certains jours, où je n'ai pas touché mon violon ni ma guitare, où je n'ai pas écrit ni discuté avec quelqu'un, je me trouve le soir dans l'incapacité totale, physique et mentale, de m'endormir. Je dois alors ouvrir mon petit-cahier-pourri-de-petites-notes-sans-suites, et y gribouiller des phrases jusqu'à ce que je sois enfin déchargée et épuisée.

    L'énergie vitale est toujours présente en nous. Elle nous aide à tenir tête à tous les soucis, à réconforter des amis, et surtout, à interdire au désespoir de s'installer, et d'émerger au beau milieu du conscient, comme s'il était invité permanent. Non mais, il manquerait plus que ça.
    Nous avons distingué l'énergie vitale de l'instinct de survie. L'instinct de survie est la protection dont nous bénéficions permanence (ou presque). C'est l'instinct de survie qui fait qu'il existe des tentatives de suicides, et non pas que des suicides. L'instinct de survie permet à une mère de soulever une voiture si son enfant se trouve sous ses roues. Il joue sont rôle dans l'inconscient, bien sur, et c'est sans doute lorsque les deux entités se disputent (alors que consciemment, on sait pas trop à quoi on pense, on est juste un peu mou, le regard bas) que nous atteignons cet état « second » et incontrôlable de morosité.

    En fait, cette discussion m'a permi de me dire que je n'étais pas cette fille en qui tout le monde voyait quelqu'un de solide, mais une jeune fille qui a le droit d'aller mal, même si son entourage ne peut pas l'entendre. Même si les parents, théoriquement toujours là, n'entendent rien de ce que je raconte et me répondent à côté. Oui, vous devez penser que c'est même leur spécialité.
    Maman est une femme, papa est un homme, je suis une presque-femme un peu paumée mais à présent, j'ai la certitude d'être une personne à part entière, et même si j'ai confiance en la bonne dose d'énergie vitale que je reçois chaque jour, je viens de comprendre ce que signifie un combat quotidien et perpétuel contre la certitude de ne rien avoir à foutre ici, sur terre.

Posté par gastonette à 13:20 - Réflexion du jour bonjour ? - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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