24 juillet 2007
Des désirs meurtiers
Où ai-je entendu qu'aucun homme n'avait sincèrement horreur du crime ?
C'était une voix grave, blessée dans son timbre et très doucement rauque, suavement féminine. Ce ne pouvait être que M. (Quelle comédienne...)
L'horreur du crime ou la peur de blesser n'est que la carapace bien solide et bien pensante d'un désir inavouable.
Ma mère me dit souvent que le sourire est l'arme la plus redoutable qui existe. Pour l'avoir expérimenté, je sais bien que c'est vrai. Je sais aussi que s'entêter à vouloir apprécier les gens coûte rarement plus de peine que de les repousser d'emblée. Je sais encore que certaines personnes s'arrêtent souvent sur la première impression, réflechissent et trouvent un "type de personne" où elles pourraient bien caser chaque nouvelle rencontre. Ce n'est pas blâmable, c'est une façon d'apréhender le monde extérieur comme une autre. Les autistes aussi ont leur façon d'accepter, ou de refuser ce qui les entoure. Voilà. A chaque personne sa p'tite cuisine, chacun son trip, comme on dit.
Forte de ces certitudes et de ces constatations, voilà que je me casse la tête à essayer de comprendre quelles raisons pourraient faire que deux personnes ne se parlent pas, puissent rester dans la même pièce sans s'adresser un regard ou un geste, même minime, alors que leur histoire et leurs comportements sont fondamentalement différents. Comment est-ce que le silence arrive-t-il à persister dans une situation si particulière et bouleversante pour deux esprits si opposés l'un à l'autre ? Refuser de partager est une offense. Quelque part, ça veut dire qu'au delà de ne pas s'intéresser à l'autre, c'est aussi le refus que l'autre s'intéresse à soi. A-t-on le droit de refuser à l'autre de s'intéresser à soi? N'est-ce pas une atteinte à sa liberté ou à son droit d'opinion ? En tous cas, tout le monde y perd.
Ce n'est pas que je veuille à tout prix être pote avec la terre entière, c'est simplement que je pense que chaque rencontre doit être consommée sans gaspillage. Il y a trop peu de belles personnes sur terre pour risquer de passer à côté de celles qu'on a la chance de croiser.
Mais quand on est victime de l'avarice affective des gens, quand on fait un pas en avant et que l'autre en fait deux en arrière, il y n'y a pas trois mille hypothèses, parce que quand même, on est pas des sauvages : trahison, blessure, souci extérieur à ce rapport ou préjugé. Quand il n'y a rien de tout ça, il me semble que l'on devrait être dans la contrainte de s'expliquer. Sinon, l'incompréhension se transforme en haine et refus et c'est là que l'on se met à vouloir blesser l'autre.
Et cette avarice existe. C'est blessant parce que les victimes qu'elle fait sont placées plus bas que le niveau 0 : non seulement je ne te connais pas mais j'ai même pas envie de te connaître, je suppose que tu n'en vaux pas la peine.
Je suis victime d'une avare, et j'ai envie de la blesser pour qu'elle me considère. Je ne veux pas qu'elle m'aime, je ne veux pas qu'on soit potes, je veux qu'elle me considère comme quelqu'un. Un être vivant avec une cervelle, aussi petite soit-elle, un corps qui prend pas beaucoup de place mais qui se voit quand même dans une pièce, qui a vécu, grandi. Je ne veux plus lui faire de bien parce qu'elle m'a blessé et qu'elle s'en fout. Ou qu'elle n'a pas vu, mais j'y crois moins. Je veux lui faire du mal, pour de vrai. Je ne suis pas capable de le faire mais j'en ai l'envie. C'est terrible de se sentir méchante.
Je ne suis pas angélique, je comprends qu'on puisse ne pas m'apprécier, mais être considérée comme un meuble (qui en plus ne contiendrait rien d'utile ou enrichissant : super), c'est au dessus de mes forces. Alors quoi, faut hurler pour se faire entendre, pour dialoguer un minimum? Ca je sais faire, mais je garantis un résultat plus que médiocre...
09 juillet 2007
Cartons
Ils sont tous scotchés, bouclés. Il y en a une centaine, plus des meubles et des tableaux, et des trucs qui rentrent pas. Des affaires dépassent de beaucoup. Des manches de raquettes de tennis, des bouts de couettes, des crochets de salle de bain...
Les déménageurs avaient dit à mon père "tenez vous prêts pour 8 heures, hein". Alors on a prévu le coup, et on a eu raison, parce qu'ils étaient là à 7h15. Mon père avait dit "réveil à 6h30 car tels que je les connais, ils seront très en avance, et moi si j'ai pas bu mon café avant qu'ils arrivent... bref c'est pas la peine quoi."
Maman est arrivée avec des chocos et des croissants.
Et là, je suis chez maman, fallait que j'ouvre aux ouvriers qui viennent réparer le store. Ils doivent vider littéralement la maison. Je préfère pas voir ça, en fait.
C'est comme pour le piano. La veille au soir je l'avais ouvert et avait joué un peu, pour l'entendre une dernière fois vibrer sous mes mains. Quand l'ami de papa est venu le chercher, un matin, j'ai dit bonjour au mec avant de monter prendre une longue douche. La plus longue possible. Deux shampooings. Brossage de dents de 5 minutes, jusqu'à ce que j'ai mal aux gencives. J'ai rangé mes affaires, fait mon lit, vidé et étendu la machine de linge. J'entendais des "attends, soulève, encore. Voilà par là. Non à gauche. Ok. Ca passe." Quand je n'ai plus rien entendu, j'ai attendu deux minutes. Un camion a demarré. Je suis descendue. Le piano n'était plus là. C'était vide. Très vide. Bizarre. Et moche. Maman avait les yeux rouges "j'aurais pas du le voir partir".
06 juillet 2007
des bouts de temps
Des bouts de temps fichent le camp. Pas le temps de faire autrement, alors je fais de ce billet le bric-à-brac des souvenirs racontés, des phrases insensées et des idées bizarres, pas finies.
De carton en carton, d'armoire en armoire et d'album photo en vieil agenda, treize années défilent sous mes yeux du matin au soir.
Je suis tombée sur la petite boîte à musique "l'arche de Noé", qui m'a bercé quand je n'étais qu'un petit bout de moi. Ca fait drôle...
Retrouver des bricoles, des peluches, des punaises qui piquent, des sourires et des larmes derrière de grands panneaux qui les cachaient depuis bien longtemps... c'est étrange.
Demain je verrai pour la première fois ce qui sera désormais "chez papa".
Bientôt je ferai partie des nombreuses familles aux "parents divorcés". C'est super à la mode mais ça me botte pas du tout.
Dieu, je peux savoir ce que tu glandes en ce moment ?! Des gens croient en toi ici, t'aiment et t'implorent et tu détournes le regard! c'est minable.
La belle cabane du jardin dans laquelle on a longtemps joué à la dinette va certainement être détruite par les gens qui achètent. Ils vont couper le jardin en deux pour y mettre une piscine. J'espère qu'ils garderont le rosier. Oh et puis je m'en fous, parce que je sais que cette maison ne sera jamais plus aussi belle qu'elle l'a été avec nous.
Avec maman, on a rangé dans un carton les aiguilles à tricoter et du coton blanc, des rubans de toutes tailles et toutes teintes. Quand je serai enceinte, je tricoterai plein de petites choses en écoutant les Beatles à donf, et puis aussi du Vaya con dios. Comme ça le bébé aura déjà de bons goûts musicaux en arrivant sur cette terre de dingues.
Le vie est chiche. C'est pour ça qu'on peut être heureux. Alors allons-y, pas de temps à perdre. Et qui m'aime me suive.
01 juillet 2007
Le bout...
Je viens de le voir, maintenant, ce matin, le jour de mon départ, ce "bout". Jusqu'à hier soir, je bossais au Mc Gerbal, j'avais ma démission à donner, des gens à appeller, j'ai encore des gens à voir, ma valise à faire, le ménage dans ma chambre, un trin à prendre, une soirée à préparer...
L'année qui vient de se passer a été extrêmement riche. L'an passé avait été difficile, j'étais très seule, et ne m'étais pas faite beaucoup d'amis ici (entre la fac et le cours Fl*rent...). Cette année a été dure aussi, mais pour d'autres raisons.
J'ai trouvé une classe accueillante dans ma petite école, des gens ouverts, intéressants, beaux, qui avaient envie de bosser, de déconner, de boire une bière après un cours ou de faire la fête jusqu'au bout de la nuit. Les auditions se sont toutes très bien passées, et j'ai pris énormément de plaisir chaque fois que je suis montée sur scène. Il paraît que ça s'est vu, j'en suis encore plus heureuse. Vivement que j'y retourne!
Les cours de musique m'ont beaucoup appris, j'ai découvert un bon groupe aussi à l'orchestre, même si les gens sont un peu frileux d'abord, et l'année se termine en beauté : mention bien en violon, meilleure de ma classe en solfège. Ma prof va me manquer (sur un ton chantant et d'un air incertain, après mon 796° oubli "Mais... Malllion, si tu veux on peux changer les coups d'archets si ceux-là sont pas bien pour toi... mais essaye-les d'abollld...")
Et puis bon, la fac... mention AB, ça c'est cool, la convocation aussi d'ailleurs, ça m'a remis à ma place, (les lettres d'excuses à envoyer!!! damned), et puis bon, c'était cool d'apprendre plein de choses.
Et enfin, il y a tout ce qui n'était pas noté dans mon agenda. Tout ce qui débordait, tout ce qui m'empêchait de dormir, ou qui, au contraire, m'apaisait par la douceur du souvenir et peuplait mes rêves.
Renaud chantonne par mon petit radio-réveil resté allumé ce matin.
La fatigue n'est rien, ce matin.
Il va falloir partir.
Pas pour longtemps, je sais...
Mais pour avoir passé presque chaque jour avec au moins une personne de mon école, boudiou... ils me manquent déjà.
Et puis, je pars pour vider ma maison de Bordeaux, je ne sais pas comment je pourrai y dormir sans rien sur les murs de ma chambre, avec les meubles qui dégagent, les armoires qui se démontent, les CDs qu'on range dans des cartons. Espérons que ce sera la dernière chose qu'on emportera.
J'ai pas envie que mon père parte dans une autre maison. J'espère que les prochains y seront aussi heureux que nous. J'ai pas envie d'aller dans l'appart de ma mère.
Je veux rentrer chez moi. Et maintenant, chez moi, c'est dans les Landes. Là où l'air frais et les kilomètres d'avance ne manquent jamais. Là ou la Mer se brise régulièrement sur un sable clair et doucement brûlant.
Là où une petite maison aux volets rouge basque attends les rires et les pastis, où la plancha attends les magrets, où la sono attends les soirées, où les hamacs attendent les enfants, où les salles de bains attendent les visages féminins qui s'apprettent.
Bientôt, encore un peu de patience...





